"La Bague" de Chris C. et Alana S.

Yann et moi étions inséparables depuis la maternelle. Il était bien plus qu’un meilleur ami, il était mon frère, mon confident, celui qui partageait mes joies et consolait mes peines.

 

Cet été là, ni lui ni moi ne partions en vacances, ce qui finalement nous convenait parfaitement : cela nous laissait deux longs mois de liberté à passer ensemble.

 

Les jours s’écoulaient paisiblement, de ballade en vélo en orgie de tartines au nutella, d’interminables discutions en partie des fous rires. C’était le bonheur ; un de ceux qui semblaient ne jamais devoir finir.

 

Puis il y eut cette soirée de fin juillet. Les parents de Yann étaient de sortie et comme d’habitude dans ce cas-là, je venais chez eux  pour une soirée pizza / films d’horreur. On avait loué deux DVD au vidéo-club un peu plus tôt dans l’après-midi. Nous passâmes un excellent moment à regarder le premier en nous gavant de pizza jambon fromage. Mais le suivant se révéla être un navet, alors on laissa tomber la télé et on se demanda ce qu’on allait bien pouvoir faire.

 

Je ne me rappelle pas qui de lui ou de moi eut l’idée d’aller visiter cette maison abandonnée qui se trouvait deux rues plus loin. Toujours est-il que, après s’être munis de lampes de poches, nous nous mimes en route.

 

La nuit était douce. Dans le ciel brillaient une multitude d’étoiles et la lune était presque pleine. Il ne nous fallut que quelques minutes pour arriver à la maison. C’était un vieux pavillon, construit à la fin du siècle dernier, qui était encore en parfait état si on faisait abstraction des tags qui recouvraient la façade. Le jardin qui l’entourait était, bien évidemment, en friche et il fallut nous battre contre les ronces et les mauvaises herbes qui semblaient vouloir nous empêcher d’accéder à la bâtisse. Nous arrivâmes enfin devant la porte, je la poussai, elle s’ouvrit sans problème ; elle n’était pas fermée.

 

Nous allumâmes nos lampes en pénétrant dans le hall. La première chose que l’on aperçut fut l’immense escalier en bois, recouvert de poussière et de toiles d’araignée, qui menait au premier étage. A coté, un couloir s’enfonçait dans la pénombre. Sur notre droite, une porte fermée, à gauche une autre mais ouverte celle-là. Je demandai à Yann en la montrant du doigt :

 

 

 

 

Nous entrâmes dans ce qui devait être le salon. Il restait encore quelques meubles : un canapé, une table basse, un ou deux fauteuils, mais le tout était dans un état déplorable. Je balayais la pièce du faisceau  de la lampe quand quelque chose de brillant par terre attira mon attention. Yann l’avait vue aussi. Nous approchâmes et nous vîmes que ce qui brillait était une bague posée sur le plancher poussiéreux. Je la  ramassai. Elle était en argent, une couronne de roses finement ciselée entourait une pierre noire et ronde. L’anneau lui aussi était gravé de feuilles et de roses. Elle était magnifique, j’avais envie de la passer. C’est alors que Yann me dit :

 

- « Bein qu’est-ce que t’attends, vas-y, essaye la ! »

 

Et joignant le geste à la parole il la prit et la fit glisser le long de mon annulaire, elle était parfaitement à ma taille et du plus bel effet à mon doigt.

 

- «  Tu penses que je peux la garder ? »

- « Pourquoi pas ? elle ne doit plus appartenir à personne, cette maison est vide depuis bien longtemps. Et puis elle te vas trop bien, je pense que… »

 

Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase qu’un tintamarre se fit entendre au dessus de nos têtes, comme si on était en train de bouger des meubles, voire même les de les jeter contre les murs.

 

J’étais pétrifiée, Yann lui paniquait, je l’entendis me crier :

 

- « Il faut sortir d’ici tout de suite ! Viens, cours, allez ! Mais ne reste pas là comme ça sans bouger enfin ! Allez viens ! »

 

Je le sentis tirer mon bras, mais j’étais incapable de faire le moindre mouvement, le peur tétanisait tous mes muscles. Et je le vis sortir en courant de la pièce et j’entendis la porte d’entrée claquer. Il était parti, il avait fuit, me laissant seule ici.

 

Le vacarme au dessus de ma tête cessa, mais un bruit de pas lourd lui succéda ; des pas qui se mirent à descendre l’escalier. A mon tour je paniquai, je voulais m’enfuir d’ici mais mes jambes ne répondaient toujours pas.

 

Ce qui descendait fut bientôt en bas de l’escalier et se dirigea maintenant vers la pièce où je me trouvais. Je réussis à bouger mes doigts  pour presser le bouton de la lampe afin de l’éteindre. C’est alors que j’aperçus deux yeux rouges émerger de l’ombre. Et ça venait vers moi. Il passa devant la fenêtre aux volets disjoints qui laissaient passer la lumière blafarde de la lune. A cet instant, je vis la chose plus distinctement. C’était une créature monstrueuse, immense, mi-homme, mi animal, avec des oreilles pointues, des crocs acérés , le corps recouvert de poils et les mains se terminant par des griffes.

 

Je réussis enfin à faire obéir mes membres. Mon premier réflexe fut de lui jeter ma lampe à la tête, je le touchai et il se mit à grogner. Je reculais mais je savais que j’étais prise au piège. Je me heurtai à un meuble ou une table  derrière moi. Je passai dessus, cherchant je ne sais quoi. Je touchai quelque chose, un objet avec un manche en bois et une longue tige en acier : un tournevis sûrement. Je m’en saisis, le monstre n’était plus qu’à quelques centimètres devant moi, je sentais son souffle fétide sur mon visage. Alors je me mis à frapper en hurlant. Je frappai encore et encore. J’entendis ses râles de douleur mais je ne pouvais plus m’arrêter. Je sentis son sang chaud et visqueux me gicler dessus à chaque fois que j’abattais mon bras. Puis il y eut le bruit d’un corps qui heurte le sol, quelques râles encore, puis, plus rien, juste le silence.

 

Je le touchais du pied, il ne bougea pas. Je l’enjambai pour me ruer dehors. Je courus jusque chez moi sans me retourner. La maison était plongée dans l’obscurité, mes parents dormaient déjà. Je me précipitai dans la salle de bain, ôtai mes vêtements ensanglantés et me mis sous la douche, j’y restai un long moment  puis j’allai me coucher et bizarrement m’endormis instantanément.


Le soleil me tira du sommeil peu avant onze heures. Je pensais à la soirée de la veille. Je me dis que je m’en étais bien sortie, sans l’aide de Yann qui m’avait lâchement abandonné, j’allais d’ailleurs lui en toucher deux mots tout à l’heure et peut être que je bouderais même un peu.

Je me levai et descendis dans la cuisine pour me préparer un petit déjeuner. Le  lait chauffait dans le micro-onde quand mon regard fut attiré par le journal posé sur la table. Il y avait une photo de Yann en première page et en gros titre on pouvait lire : «  meurtre sanguinaire d’un adolescent ». Mon sang se glaça dans mes veines. Je pris le journal et me mis à lire l’article. Il disait que Yann avait été retrouvé par ses parents baignant dans son sang, le corps criblé d’une cinquantaine de coup de tournevis, l’arme avait été retrouvée près du corps.

Tout se mit à tourner autour de moi. Non ça ne pouvait pas être vrai…Pas Yann… pas lui. J’étais encore en train de dormir, je faisais un cauchemar et j’allais me réveiller.

 

C’est alors que ma mère entra dans la cuisine. Elle pleurait et était accompagnée de deux policiers. L’un d’eux tenait un grand sachet en plastique transparent dans lequel se trouvaient mes vêtements imbibés de sang de la veille.

Je compris avec horreur ce qui se passait. Il fallait que je leur dise qu’ils se trompaient, que je leur raconte ce qu’il s’était passé la nuit précédente dans la maison abandonnée, qu’ils aillent là bas pour chercher le cadavre du monstre. Et puis de toute façon, j’avais la bague pour prouver que tout ce que je disais était vrai.

La bague…je regardais ma main…Mon annulaire était  vide … plus de bague…

 

Je me mis à crier :

 

 

 

Me tournant vers ma mère :

 

     - « Maman, toi tu dois me croire, Yann est mon ami, jamais je n’aurais pu lui faire du mal, on est allé dans cette maison hier, je sais, on n’aurait pas du. Il est parti en courant, j’ai dû me battre avec cette chose, Yann s’est sûrement précipité chez lui, je ne l’ai pas revu ensuite… mais je ne l’ai pas tué, ça non, c’est le sang de ce monstre dans la maison… je t’en prie crois-moi, j’avais la bague que j’ai trouvée là bas, je l’ai perdue dans mon lit cette nuit , je vais aller la chercher… »

 

J’essayai de me précipiter dans les escaliers mais les deux policiers m’en empêchèrent  en me ceinturant  et me jetant à terre pour me passer les menottes. Ils me relevèrent ensuite sans ménagement et m’entrainèrent vers la sortie. Dehors, plusieurs voitures de police et des tas de gens amassés sur le trottoir, certains avec des appareils photos, des journalistes, qui me mitraillèrent de multitudes de flashes. D’autres, des voisins pour la plupart, criaient des insultes et moi, perdue au milieu de cette tourmente, ne sachant pas trop ce que je faisais là. Les policiers me firent monter dans un des véhicule qui démarra relativement doucement pour éviter d’écraser les gens en colère qui tapaient sur les carreaux.


La voiture roula un court instant et s’arrêta à un stop quelques pâtés de maison plus loin. Je tournai ma tête et je vis qu’on était juste devant la maison abandonnée. La porte s’ouvrit violemment et avec horreur je vis Yann  sur le perron. Il était ensanglanté et son teint si pâle, presque transparent.  Mais le pire était ses yeux emplis de peur et de douleur. Je ne pouvais l’entendre mais je savais qu’il hurlait mon nom et m’appelait à l’aide. Mais je ne parvenais pas bouger, d’abord à cause des menottes et du policier qui me tenait le coude. J’étais complètement pétrifiée comme la nuit dernière, tous mes muscles anesthésiés, incapable du moindre mouvement. Ensuite je le vis, lui, le monstre que j’avais croisé la nuit dernière. C’était une créature horrible, mi-homme, mi-chien, aux yeux rouges. Il posa sa patte griffue sur l’épaule de Yann, et avant qu’il ne l’entraine de nouveau à l’intérieur, j’eus le temps de voir à son auriculaire un anneau d’argent avec en son centre une pierre noire sertie d’une couronne de rose en argent. J’aurais voulu hurler mais plus aucun son ne sortit de ma bouche. Un voile se déchira dans ma tête et je sentis ce qui me restait de raison s’évaporer. La porte se referma et la voiture démarra….

 

 

 

 

 

Chris C.

Alana S.

Le 31 juil.-07/ 27 déc. 09