Morceaux de Nuit (Poèmes Divers)

Photos de Bloody Countess : http://www.myspace.com/gothicdarknessdaphnis



Le papier a des yeux,

De grands yeux

Pour voir que les pendules nimbées

De fleurs fantomatiques ont des visages.

 

Le papier a des mains,

De grandes mains

Qui forment à elles deux un écrin

Où sont enfermées toutes mes larmes.

 

Le papier a des jambes

De longues jambes

Pour chevaucher l’oblique de l’existence

Et traverser les ruelles en feu

Où dansent les maudits.

 

Le papier a des dents,

De longues dents,

Les ailes d’un ange pendillent

Aux lèvres de ce voleur de reflet

Et les pendules qui ont des visages,

Les fleurs fantomatiques

T’observent en salivant,

Le papier a des dents,

De longues dents

Pour te dévorer, Ennui!

 

©Sélène Wolfgang

 

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chateau de la solitude


Les ailes de la nuit

 

L'horloge d'ébène sonnait le noir minuit.

Lizzie trop tôt grandie était nue sur son lit.

Le tain terni, verdi, du miroir fut troublé,

Par l'étrange entité qui venait s'incarner.

 

Lizzie au beau rubis était nue sur son lit.

Ses yeux écarquillés de frayeur se troublaient.

Son teint porcelaine et son cœur rougissaient.

L'horloge d'ébène de peur s'anéantit.

 

L'ange était au pied du lit et souriait.

C'est l'Enfer par sa voix qui te glace d'effroi

C'est l'Eden par ses doigts qui se posent sur toi.

Ses yeux écarquillés de langueur se troublaient.

 

L'ange l'a enlevée sur des terres brûlées

Des landes calcinées à l'étrange beauté,

Où l'Eden par ses doigts venait glisser en toi ;

La haine par endroit venait dicter sa loi.

 

A ce jeu ténébreux, jamais ne gagnera,

Son bel amant heureux. Lizzie le lui jura.

Sur sa bouche rougie par les baisers transis

Deux crocs elle a sorti, son cou elle a meurtri

 

Sur ses lèvres bleuies le sang noir a jailli

Lizzie l'a bu à flot, éteignant le flambeau

Dans l'Enfer allumé par son énamouré.

L'ange était au pied du lit et pleurait.

 

 ©Lya de Mylpir

Destination uncertain

Grands dieux ! Je me souviens de celle que j’étais,

Vibrante, infatigable et taquinant la Muse,

Fière de mes couleurs malgré un cœur qui s’use,

Pouvant tout affronter, tout vaincre, pleine d’attraits

Pleine de vie enfin, sans peur je m’adonnais,

Offerte, à corps perdu, à mes passions qui fusent,

Toujours prête à bondir, qu’on m’inspire ou m’amuse.

C’est ainsi que mon âme, rouge et dorée, vivait.

 

A présent elle pleure, ma création est morte,

Je survis ballottée par le vent qui m’emporte,

Je dois forcer ma plume, me soumettre au sommeil.

Je reste triste et sombre, en larmes et ignorée

Sanglotant ma prière au dieu d’éternité

Implorant le retour de mon aura vermeille....

©Marie-Angèle Prétot

 

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Rondeau serpentant

Sur les plafonds

D’un asile de verre.

 

Sonde Vénusienne

En la plaie séculaire,

Le ré et le do ruisselant

Sous l’archet épidermique.

Cœur indompté

Roulant dans l’absence

D’appâts et de ronces

A la lumière profane

De l’ivresse.

  ©Sélène Wolfgang

 

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" Apparitions"


Brume écarlate,
emplie de pensées fantomatiques,
spectres ensanglantés,
aux yeux tels deux gouffres sans fin,
vous prenez forme dans ma réalité.
Echappés de mes rêves,
vous voulez me garder près de vous,
dans cette folie éphémère.
Paralysée de terreur - et de fascination -
je ne peux me détourner de vous.
Vous tentez de m'agripper.
Votre peau blafarde et glacée s'accroche à mes draps.
Vous êtes si proches,
l'angoisse m'envahit...
Mais votre sombre lueur s'estompe,
vous n'avez plus assez de forces pour rester dans ce monde,
et m'attirer à vous dans une démence sans fin...
Mais je sais que vous reviendrez me chercher,
quand mon esprit vous aura assez nourrit
pour que vous puissiez rester éternellement à mes côtés,
à vous repaître de mon sang...
Ou simplement me faire sombrer dans votre cauchemar immatériel...
Par pur plaisir.


© Amethyste Jardin

http://petite-poupee.blogspace.fr/

 

deviantart

 

" Vie Passée"


Je traverse ce pont, j'entre dans la brume.

Tout à coup je ne suis plus là,
j'ai retrouvé un temps passé.

Ma robe pourpre, rayée de gris, traîne derrière moi,
mon manteau de velours m'enveloppe telle une seconde peau,
mon chapeau à large bord me protège quelque peu du vent.
Ce vent glacial, qui, pourtant, m'enivre telle une bouffée d'éther.
Je l'aspire à plein poumons.
La tête me tourne, je m'appuie au rebord.
Le son mélancolique de l'eau semble m'appeler.
Une envie indicible de pleurer me monte du fond de la gorge.
J'ai envie de crier et de rire en même temps.
Je ne sais plus où et quand je suis.
Tout semble si réel et pourtant tellement illusoire...

Un fiacre s'arrête près de moi.

Le cocher m'ouvre la porte, il me parle.
Je ne comprend pas ses paroles.
Il s'approche de moi, je tend ma main.

J'ai l'impression qu'elle s'enfonce dans un tourbillon d'eau glacée...

Je ferme les yeux, je ne veux plus les réouvrir.
J'ai trop peur que ma douce chimère s'envole,
ou, pire, qu'elle ne veuille pas m'emmener plus loin.

Je retourne vers le parapet,

ignorant les voix qui m'entourent...

Je l'enjambe,
m'élance vers le vide...
Je rejoins tout entière ce doux tourbillon d'eau glacée...
Et mon tendre passé révolu...

Quelle sublime sensation...

 

© Amethyste Jardin

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La déchirure

 

La belle était nue, douce et parfumée,

Ses cheveux retenus par un bandeau tressé.

A sa main un miroir reflétait le boudoir.

La belle s'était vue aux lueurs des bougeoirs

 

Et la vision perçue lui avait beaucoup plu.

Son amant l'attendait ; c'est lui qu'elle chantait.

Voulant le rejoindre, elle venait d'oindre

Sa peau d'un ingénu parfum ténu.

 

Le journal traînait là, elle s'en empara.

Les nouvelles du jour, les larmes du faubourg,

Sans joie venaient poindre. Elles étaient moindres

Que l'écho de l'amour, que la douceur des jours.

 

Mais le papier creva, une main souleva

Les mots, les dorures. Dans la déchirure

La Mort lui souriait. Vile et édentée,

Sa face émaciée, grimaçant, se plissait.

 

L'étrange doublure, créait la fêlure,

Dans l'écho de l'amour, dans la douceur des jours.

Sois sûre ma Beauté, sur ta peau parfumée,

Elle va te donner en dernier ses baisers !

 

 

 

©Lya de Mylpir


E copie

 Ma proie

 

Egaré parmi les êtres cachés

Guidé par le silence de la nuit

Je ne peux m’échapper

Prisonnier d’un pacte maudit

 

Etancher ma soif en prenant une vie

Tel est le dessein de mon corps

Je suis le chemin de la non-vie

Je guette et je fais la mort

 

Ce soir ma proie ne pourra s ‘échapper

Susurrant à ses oreilles mes murmures funèbres

Et dans une jouissance violente et torturée

Je l’emmènerai avec moi dans les ténèbres

 

Ce soir l’amour surgira des cendres de sa perte

Dans ses veines coulera le désir criminel

Je la gouvernerai ,baignée dans la fée verte

Où nous goûterons au plaisir charnel

 

Ce soir encore mon mal sévira

Attiré par le doux parfum du sang

Et pour assouvir mon corps si froid

J’enfoncerai mes dents profondément…

 

©Bloody Countess


J’ai passé la soirée sur des sites gothiques

J'ai avalé une fâcheuse gorgée de sang

Mais en la recrachant j'y ai trempé ma plume

Et cette fois encore l’encre mélancolique

Trahira la douleur de mon cœur languissant

En écartant sans honte une pudique brume.

 

Une gorgée d’alcool m’aurait mieux réussi

Mais vois-tu mon amour je ne prends plus ces drogues

Je vais rester près de ton corps, rivée sur terre

Je suis si fatiguée de ces tristes récits

Si l’on pouvait un temps faire taire les orgues

A moins que nous tentions un envol dans l’éther.

 

Je ne veux pas savoir ce qu’il y a dans ta tête

A quel monstrueux acte tu penses dès à présent

Plus une goutte de sang ne quittera mes veines

Ca m’est par trop égal, tout ce que tu projettes

Je te connais par cœur, je sais depuis mille ans

Que je retournerai à une vie trop vaine.

 

Sagement allongée dans mon petit cercueil

Je me demande bien ce qui peut arriver

Encore à ma dépouille déjà décomposée

Noir encore plus profond, un plus éternel deuil

Quelque abomination que je n’aie pas rêvée

Un ouragan de plus pour mon cœur épuisé.

 

A grand coups de rasoir j’ai tué ma souffrance

J’ai regardé en face l’hideuse vérité

Puis j’ai mis à sécher bien à l’envers mon cœur

Ca ne peut empêcher que j’avoue dans mes transes

Aux dix-huit prochains qui n’auront pas mérité

Ce trop insigne honneur :

J’ai peur

©Marie-Angèle Prétot

 

 

"MAUVAIS SONGE"

 

 

La griffe implacable du temps

Ponctue à la poussière de ses reins

Des missives d’effroi en mon sommeil.

 

Un murmure sépulcral éclot de l’âtre.

 

L’Aphrodite de chrome antique

Fulgure en demi-ton à l’ove torturé.

 

Par le frisson lui jetant un dièse,

La digitale comme un éclat fourbe

Se noie en le vin de la chair.

 

L’Amour sur un échafaud,

Un angle de fiel pendu à son sein.

Aphrodite et son squelette

Brillent entre mes mains.

 

©Sélène Wolfgang

 

" Lune"


Lueur blafarde à ma fenêtre,
donnant des ombres inquiétantes à ma chambre paisible,
je m'étend en ton sein, m'endors sous ton éclat fantomatique.
Maîtresse de tous les aliénés, tu t'immisces en moi,
emplis mes rêves de folies cauchemardesques.

Je m'éveille, tu es toujours là,
murmurant ta complainte lancinante à mon âme embrumée.
Je me lève, erre dans le dédale des pièces,
cherchant en vain à allumer une lumière rassurante,
mais aucune lampe ne fonctionne,
je frissonne, tu m'encercles.
Tu révèles la vraie nature des ombres tapies dans les coins de ma demeure,
serpents et insectes grouillants, gouffres sans fin s'ouvrant vers l'Au-Delà,
spectres terrifiants aux bras décharnés essayant de m'agripper
pour m'entraîner dans leur Monde de souffrance immatérielle...
Je crie,
le son est absorbé par ce brouillard opalescent qui s'épaissit autour de moi,
je ne peux plus bouger,
ni respirer,
j'ai peur,
je sombre dans l'inconscience...

Un sursaut m'éveille de nouveau,
je tremble,
le jour est là,
une brise fraîche s'engouffre par la fenêtre.
Etait-ce un rêve?
Ou la lune destructrice m'a-t-elle ouvert les portes de son royaume de Démence.
Je n'en sais rien...
Je sors du lit, pose une pied sur le sol.
N'est-ce pas une main squelettique qui vient de se réfugier
dans les ténèbres sous ma couche?
Je ne veux pas vérifier...
Je sais déjà que ces visions cauchemardesques seront mes nouvelles
- et seules-
amies.

Elles seront toujours là pour moi,
fidèles à elles-mêmes, je pourrai compter dessus,
elles seront à tout jamais fières de m'amener dans leurs horreurs sans fin.
Même si cela est douloureux,
leur présence est là,
seul cela est important.

Le Pire ne vous déçoit jamais,
c'est ce que la Lune m'a appris grâce à la douce folie naissante qu'elle m'a inculquée
et qui vous ouvre les yeux sur la face cachée de la vie...

 

© Amethyste Jardin

 

 

"Fléchage" de Nathalie Mareschal


Elle avait dans les yeux une histoire de fantômes ; elle avait en son cœur une cavité vide.

Elle écrivait entre ses lignes un récit simple, je tiens tout de même à vous le narrer, c’est une histoire moderne.

Le dénouement en est si attendu, voyez-vous, qu’à la fin elle se fit voler son âme. Ou elle en vola une elle-même, qui se retrouva fichée dans un éclat de son iris.

Procrastinateur, j’en suis tout le contraire. Je ne remets point à demain, ce que je peux faire le jour-même, parfois point à demain mais aux jours de jamais.

Vengeur, je ne le suis pas ; elle si, je suppose.

Sinon cet éclat iridescent de son oeil, ne ferait pas fuir en courant quiconque ose l’approcher, sinon ce bris d’âme dans son regard, ne la rendrait pas si seule qu’elle n’aurait plus qu’un idée en tête, une obsession.

Les personnages et l’ordre des péripéties n’ont plus vraiment d’importance. C’est un rêve, une malédiction. Elle l’a gravée quelque part en signes d’encre incompréhensibles, qui dégagent l’absolue certitude de toute vie humaine. Celle d’un but.

Peu importe si celui-ci est irrationnel, une croyance.

Une nuit elle a rencontré un homme, l’a aimé des jours.

Une nuit je l’ai rencontrée, ses yeux m’ont hanté.

Ils m’ont révélé son histoire, que je ne voulais pas, en faits bruts désarmés de toute mélancolie.

Une fois elle s’est demandé, si elle avait jamais été vivante. Plus tard, si d’autres comme elle existaient. C’est une vision, un film à l’envers.

Ma jeune fille rousse de feu, parcourt un monde de son regard vert, vert et feu, un tout petit éclat rouge.

Dans son monde on trouve : des vampires, un amour brisé, un jeune homme, pas de sorcière, un seul vampire en fait, une ville, ton image, voire un meurtre par erreur.

On comprend tout alors, pourquoi nous sommes ici, quelle est notre raison de vivre, quel âge avons-nous réellement ; litanie.

On le sait, que ma rousse il faut délivrer, elle était le reflet de la Lune.

Avant.

La clarté pâle s’est damnée, opale, pour un oiseau menteur, plumes de soleil.

Elle n’a pu comprendre que deux lumières si intenses n’étaient pas créées pour se rencontrer, mais cela a été ; et les conséquences n’en furent désastreuses que pour si peu d’êtres, car finalement la plupart s’en trouvèrent aspirés.

C’est une coïncidence, une ennemie née du hasard.

Elle a fini par souffrir, de la non vérité de la Lumière, son plein et son vide trop liés, eut mal de n’avoir plus de ténèbres pour brûler, si froid son cœur en cendres rougeoyantes, et le brasier un jour s’éteignit.

Elle a juste soufflé doucement dessus, pensant éparpiller ; elle ne se savait pas destructrice, ne l’a jamais été.

Il est parti.

Tout.

Après.

Après qu’elle lui ait dévoré l’âme, laissant couler son souffle morbide, elle s’est enfuie, aux confins des douleurs.

Elle cherchera toujours à retrouver un chemin, vers quel perdu, quel pendu, la langue noirâtre et grosse de sang ; elle n’aura que ses yeux pour te rendre esclave.

Ou l’on s’y délite, ou l’on accepte sa connaissance, si c’est le cas on erre sur les routes tracées à sa place, et on transmet. Maintenant.

Je cherche Justice pour que son âme enfin meure. Je prends le suivi de l’Homme-tournesol, je suis les lampadaires en quête du moindre indice.

La nuit, les tournesols dorment.

La nuit, mes yeux n’ont pas d’éclat.

La nuit pour réparer, c’est une brisure de feu dans ses yeux, verts je ne les ai jamais vus, la nuit je cherche le Soleil, pour qu’il exerce alors sa vengeance. Un jour.