" Planète Beta 142 " de Malek Hamadou (SF)


Filant à plus de six mille kilomètres à l’heure, le vaisseau de Gaïlan venait d’entrer dans l’atmosphère de la planète Bêta 142. Le bouclier thermique supportait bien les frottements de l’air et les hautes températures de la thermosphère. De violentes secousses faisaient danser l’appareil au profil effilé qui piquait droit vers la surface.

Gaïlan était écrasé dans son siège les mains crispées sur les commandes, les yeux rivés sur les écrans, le front en sueur. Rien n’était visible à travers le verre du cockpit qui irradiait d’une lueur rouge incandescente.

La traversée de la haute couche de l’atmosphère n’était plus l’affaire que de quelques secondes, et dans quelques minutes, il se poserait près du camp qui ne répondait plus aux appels radios depuis plus de deux mois.

Une équipe de trente hommes armés était allés sur place suite à la perte de contact avec les scientifiques du camp, mais la liaison avait été rompue avec eux aussi. On avait alors décidé de l’envoyer, lui Gaïlan, pour découvrir ce qui s’était passé.

Il était l’un des meilleurs agents spéciaux du Kondor, une fédération qui regroupait cinquante sept mondes habités… Télékinésiste et télépathe, il avait été formé aux arts du combat sous toutes ses formes. Il était intelligent, vif d’esprit et possédait une excellente connaissance de la géopolitique de la Galaxie.

A ses yeux, il était évident, que la première mission qui avait déclaré la planète Bêta 142  apte à la colonisation s’était trompée, et c’était la deuxième expédition et les soldats qui s’étaient rendus sur place par la suite qui en avaient payé les conséquences.

Gaïlan devait découvrir les raisons de la rupture du contact et établir un nouveau rapport sur le caractère colonisable de l’astre.

La température extérieure était tombée à dix degrés. Le vaisseau avait traversé sans difficulté la brûlante thermosphère et était maintenant dans la partie respirable de l’atmosphère.

Gaïlan redressa son appareil, et fila vers la zone où se trouvait le camp scientifique. Il traversa d’épais nuages cotonneux. Dans le ciel légèrement violacé, les deux soleils du système planétaire dardaient une vive lumière jaune orangé qui éclairait l’intérieur du cockpit. En dessous une mer bleue mordant une côte aux couleurs d’un vert nuancé scintillait légèrement.

D’en haut la planète semblait bien accueillante et Gaïlan comprenait l’enthousiasme qu’elle avait suscité, mais on s’était apparemment un peu trop précipité.

Gaïlan arriva au campement. Une vingtaine de baraques métalliques étaient disposées sur une surface de quelques centaines de mètres carrés. Il posa son appareil à côté de deux autres, beaucoup plus grands. Il dégrafa son harnais, s’équipa d’un pistolet laser et sortit du vaisseau.

Il était revêtu d’une paire de bottes gris clair, d’une fine combinaison de la même couleur qui le couvrait des chevilles jusqu’au menton et d’une paire de gants. Ses cheveux noirs mi-long dansaient dans le vent et ses grands yeux vert émeraude brillaient d’un éclat particulier. L’herbe était haute, verte et grasse. Il se baissa pour la toucher et sentit son contact à travers ses gants tactiles… Elle était fraîche et légèrement mouillée.

Gaïlan se dirigea vers les deux vaisseaux qui portaient l’insigne de la fédération, un majestueux condor. Les sas d’entrée étaient enfoncés. Apparemment il y avait eu une attaque. Il sonda les navires, utilisant ses dons de télépathe. Il ne repéra aucune présence de vie intelligente.

Il pivota alors sur lui-même et ouvrit son esprit pour tenter de détecter une pensée en provenance du camp. Rien , il n’y avait personne.

Gaïlan explora alors les lieux et découvrit des traces de combat un peu partout, des meubles, des portes, des murs enfoncés et en partie dissous, comme si un puissant acide les avaient rongé… Il n’y avait aucun corps.

Où étaient les gens, et qui avait fait ça ?

Il n’y avait aucun indice permettant d’identifier les auteurs de l’attaque. Ce pouvaient être des autochtones comme des ennemis de la fédération bien que cette dernière hypothèse était très peu probable à ses yeux, l’analyse des relevés radars du centre de surveillance de la galaxie n’avaient signalé le passage d’aucun vaisseau à proximité de la planète dans le courant des deux derniers mois.

Gaïlan était au milieu des baraquements, les pieds dans les hautes herbes quand il remarqua une nappe de brume rampant vers lui. Il s’approcha et la toucha du bout du pied. Au contact, sa botte commença à se dissoudre. Gaïlan retira immédiatement son membre et recula de plusieurs pas.

« Qu’est-ce que c’est ? »

Il se retourna et constata qu’une autre nappe de brume avançait vers lui. Tournant la tête à droite et à gauche, il en repéra deux autres… Il était encerclé !

Il tendit son esprit et perçut de puissantes émotions. Celles-ci étaient agressives, chaotiques et confuses, chargées d’une pulsion meurtrière. Ce qui se trouvait autour de lui était vivant et hostile. Gaïlan réagit immédiatement en portant la main à la boucle de son ceinturon. Il tourna une petite molette, activant un champ de force qui enveloppa son corps, espérant sincèrement que celui-ci suffirait à le protéger.

Il n’avait plus de doute quant à ce qui s’était passé ici. Ces choses avaient attaqué la mission et les soldats,  et tous avaient très certainement été tués.

Un étrange sifflement se fit entendre. Les nappes remuèrent et commencèrent à s’agiter. Des membres ondulant comme des tentacules en  sortirent et vinrent l’enlacer en se tordant. L’herbe à ses pieds fut dissoute en quelques secondes, mais sa combinaison restait intact. Le champ de force semblait être efficace. 

Apparemment, la brume n’avait un caractère corrosif que près de lui. Ces êtres ne détruisaient donc pas tout ce qu’ils touchaient, mais seulement ce qu’ils voulaient.

Gaïlan resta immobile, noyé dans cet étrange brouillard. Il tenta de se déplacer, voulant rejoindre son vaisseau, mais se ravisa et revint en arrière. Il avait vu les dégâts causés sur les structures métalliques du camp, et s’il voulait partir d’ici, il valait mieux tenir ces choses éloignées de son appareil.

Peut-être, pouvait-il se servir de ses talents de télépathe pour établir un contact !

Son esprit s’échappa, cherchant et sondant l’étrange matière. Il percevait une structure, des pensées brutes, violentes. Il les analysa, en compris le fonctionnement et en déduisit qu’il devait pouvoir communiquer avec ces êtres.

« Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ? » demanda Gaïlan mentalement.

Une pensée rocailleuse et grondante lui parvint.

« Nous allons  te détruire… »

« Pourquoi ? » demanda Gaïlan.

Il y eut un voile sur le lien mental qui avait été établi, comme si ces choses s’interrogeaient, puis leurs pensées revinrent :

« Nous allons te détruire…»

Et ces mots résonnèrent sans cesse.

Gaïlan rompit le contact. Il était inutile de poursuivre. Ces créatures semblaient ne pas avoir une pensée très structurée. Elles étaient agressives et aucun dialogue n’était apparemment possible. Il lui fallait absolument trouver un moyen de partir d’ici.

Il y avait peut-être une solution… Les pensées que Gaïlan avait perçues étaient de nature électromagnétique et les bombes à impulsion que l’on utilisait pour mettre hors circuits les systèmes électroniques pourraient bien provoquer un effet de surcharge chez ces créatures et les sonner, si ce n’était les détruire. Il y avait un problème cependant : si Gaïlan utilisait une de ces micro-bombes, le système qui produisait son champ de force serait désactivé. Il hésitait, mais c’était apparemment la seule option qui se présentait à lui.

Gailan se saisit d’une demi-sphère métallique de cinq centimètres de diamètre accroché à sa ceinture. Il s’apprêta à l’activer quand les nappes de brume se rétractèrent soudainement et se solidifièrent pour donner corps à quatre humanoïdes blanchâtres de deux mètres de haut. Ils étaient massifs comme fait de glace et semblaient dotés d’une grande force physique.  

Apparemment ces êtres étaient plus complexes encore que ce que Gaïlan avait supposé et il comprenait mieux pourquoi, en plus des surfaces métalliques en partie dissoutes, il avait aussi observé des portes et des meubles enfoncés lorsqu’il avait inspecté le campement et les vaisseaux.

Il se saisit de son pistolet laser et fit feu sur les quatre entités qui fonçaient sur lui. Sous l’effet des tirs, les créatures explosèrent, s’éparpillant dans l’air, et reprirent leur apparence précédente. Gailan, n’hésita plus. Il activa la bombe à impulsion, la posa sur le sol et recula de trois pas.

Il n’y eut aucun bruit, seulement quelques arcs électriques autour de la boucle de sa ceinture.

Son champ de force était désactivé. Gaïlan retenait son soufle. La brume allait-elle le dissoudre ?

Rien ! Il ne se passa rien ! Gaïlan percevait à peine l’activité mentale des créatures. Elles étaient toujours vivantes, mais apparemment inconscientes.

Il se mit à courir et monta dans son vaisseau. Les systèmes ayant tous été coupés à son arrivé sur la planète, la bombe n’avait fait aucun dégât sur l’appareil. Il mit en route les moteurs et décolla.

Il l’avait échappé belle !

Dès sa sortie de l’atmosphère, Gaïlan enverrait un rapport pour que la planète Bêta 142 soit déclarée non colonisable.

 

Fin.

 

© Malek Hamadou : http://www.malek-productions.com